Il a grandi sans voisins, en pleine nature brésilienne. Aujourd'hui, son art met de la couleur dans des villes du monde entier.
L'artiste João Incerti a grandi dans une ferme de Teresópolis, en plein cœur de la campagne brésilienne. Loin des galeries, loin des écrans et loin de tout ce qui pouvait ressembler au monde de l'art. Il avait à la place la nature, le silence et un instinct pour le dessin qui ne l'a jamais quitté. Cette base, authentique, organique et profondément intuitive, reste le moteur de tout ce qu'il crée.
Aujourd'hui, ses fresques recouvrent des façades entières dans des villes du monde entier, ses peintures font partie de collections internationales et ses œuvres portent des titres comme The Dive, The Trust ou The Restart : de petites réflexions philosophiques transformées en art. Joyeux, spirituel, tropical, mystique… voilà comment beaucoup décrivent son travail. João, curieusement, préfère ne pas y coller d'étiquette : il acquiesce simplement et continue de peindre.
Chez Jimmy Lion, nous avons toujours cru que la personnalité se cache dans les petits détails : une chaussette, un imprimé ou une touche de couleur capable de tout changer. Quand nous avons découvert le travail de João, le déclic a été immédiat. Nous avons trouvé un artiste qui comprend la couleur comme nous, et qui croit que ce que l'on porte peut aussi transmettre quelque chose. Deux univers différents, une même façon de comprendre la créativité.
Le résultat est une collection de chaussettes, de t-shirts et de maillots de bain qui naît au Brésil pour mettre de la couleur dans le quotidien de celles et ceux qui la portent. Un voyage fascinant : de la créativité d'une seule personne au monde de milliers d'autres. Nous avons parlé avec João pour découvrir d'où vient toute cette inspiration, et pour voir Rio de Janeiro à travers ses yeux.
Ton travail est souvent décrit comme joyeux, spirituel, tropical ou mystique. Pourtant, tu dis ne pas vraiment savoir comment le définir. Est-ce que ces mots te correspondent, ou préfères-tu simplement continuer à peindre ?
Chaque personne interprète mon travail différemment, et ça me convient très bien. Mon esthétique est en constante évolution, donc j'essaie de ne pas la définir. Je préfère penser que chaque œuvre est unique et raconte sa propre histoire. Alors oui… je crois que je continue simplement à peindre. (Rires.)
Tu as grandi dans une ferme à Teresópolis avant de déménager à Rio de Janeiro. Deux mondes complètement différents. Comment ce contraste t'a-t-il façonné ?
Je pense que ce contraste a fait de moi une personne très curieuse, avec l'envie d'essayer de nouvelles choses à ma façon. À la ferme, je passais la plupart de mon temps seul, ce qui m'a en quelque sorte aidé à développer une personnalité très authentique, parce que je n'avais pas beaucoup de références auxquelles me raccrocher. Quand j'ai déménagé en ville, j'ai découvert un monde entièrement nouveau, un endroit où je pouvais développer ma créativité et m'exprimer. Mais l'expérience d'avoir grandi entouré de nature reste très importante pour moi. Chaque fois que je retourne à la ferme, je ressens une paix incroyable.
Tu as passé plusieurs années à dessiner des imprimés pour l'industrie de la mode avant de te consacrer entièrement à ta carrière artistique. Qu'as-tu appris pendant cette période ? Et de quoi cela t'a-t-il libéré ?
J'ai énormément appris. J'adore concevoir des imprimés. Cela m'a tout appris sur les combinaisons de couleurs, la composition visuelle, la symétrie, et aussi sur l'approche commerciale du design. Mais surtout, travailler dans la mode m'a donné la confiance nécessaire pour me voir comme un artiste. Avant, je ne me considérais même pas comme tel. Avec le temps, j'ai commencé à voir mes imprimés comme des œuvres d'art, et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à peindre. Aujourd'hui, en tant qu'artiste indépendant, je me suis libéré des contraintes commerciales. Je peux créer pour moi-même, exprimer mes propres expériences. Quand on travaille pour une marque, on raconte son histoire ; maintenant, je peux raconter la mienne.
Tes fresques transforment des espaces entiers. Comment abordes-tu le travail à cette échelle ? Et que ressens-tu quand un mur prend vie ?
J'aime créer des expériences immersives avec mes fresques, et pour cela, je dois intervenir sur tout l'espace. C'est un processus qui demande beaucoup de patience et de confiance, car pendant le travail, il y a des moments où tout semble laid ou inachevé. Je dois faire confiance à ma vision jusqu'au bout. Et quand je termine et que je vois tout prendre vie exactement comme je l'avais imaginé… c'est magique.
Dans la collection João Incerti x Jimmy Lion on retrouve des éléments très présents dans ton travail, comme les yeux, les animaux ou les formes organiques. Ont-ils une signification particulière, ou apparaissent-ils de manière plus instinctive ?
Tout a une signification, d'une certaine manière. Je suis obsédé par les yeux ; j'en dessine partout. Je ressens aussi un lien très particulier avec les félins, c'est pourquoi on retrouve tant de chats et de léopards dans mes peintures. D'ailleurs, l'un d'eux fait partie de cette collaboration. Je voulais que la collection transmette du plaisir et de la joie, d'une manière à laquelle tout le monde puisse s'identifier.
Cette collection comprend des chaussettes, des t-shirts et des maillots de bain. Comment transposes-tu une œuvre pensée pour une toile sur des vêtements que les gens porteront au quotidien ?
J'adore porter de l'art. J'aime les vêtements qui ont de la personnalité, une identité. De plus, la mode m'a toujours passionné, donc transposer mon travail dans l'univers textile me paraît très naturel. J'essaie de conserver la force des couleurs, l'impact visuel et la joie de mes œuvres, tout en faisant en sorte que la personne qui les porte se sente bien dans sa peau. C'est ce que je recherche dans chaque collaboration : raconter une histoire qui me touche, moi, mais aussi les autres, en les faisant se sentir plus confiants et plus heureux.
La couleur est au cœur de tout ce que tu fais. Quand tu choisis une palette, es-tu davantage guidé par l'intuition, l'émotion, ou y a-t-il plus de méthode que ça n'en a l'air ?
C'est un mélange de tout. Bien sûr, il y a des méthodes. J'étudie la théorie des couleurs et ça me passionne. Mais il y a aussi de l'intuition et du goût personnel. Cela dépend beaucoup de chaque œuvre. J'ai des couleurs avec lesquelles je me sens à l'aise parce que je les connais déjà bien, même si créer de nouvelles combinaisons reste toujours un défi.
Beaucoup de tes œuvres portent des titres comme The Dive, The Trust ou The Restart, de petites réflexions universelles. D'où viennent ces idées ?
Elles naissent généralement de mes propres expériences, de ma vie personnelle et des moments difficiles que je traverse. J'ai commencé à faire de l'art pour m'exprimer face à moi-même, et peu à peu, d'autres personnes ont commencé à s'y reconnaître. Je suis aussi quelqu'un de très curieux, toujours à la recherche de nouvelles choses, donc les idées apparaissent dans les endroits les plus inattendus. J'ai toujours un carnet sur moi pour prendre des notes et faire des croquis.
Y a-t-il une couleur vers laquelle tu reviens toujours sans trop savoir pourquoi ?
Le doré ? (Rires.) J'essaie d'arrêter de l'utiliser, mais je n'y arrive pas. Je l'adore. Je sais que ce n'est techniquement pas une couleur… mais pour moi, ça en est une.
Si tes peintures avaient une bande-son, quelle musique jouerait ? Recommande-nous une chanson à ajouter à la playlist de Jimmy Lion.
« Fullgás », de Marina Lima. J'adore l'énergie qu'elle dégage. En plus, ici à Rio, dès qu'elle passe, tout le monde la chante. Elle a une énergie incroyable.
En parlant de « ton Rio »… Quels sont tes endroits préférés pour… ?
- ...pour te baigner : plage ou cascade : Praia do Leme restera toujours ma préférée, même si dernièrement je vais beaucoup à Praia do Flamengo.
- ...pour profiter de l'art : Mercado Central est un endroit relativement récent que j'adore. C'est un mélange de galerie et d'espace créatif, avec des restaurants, des bars et des événements dans la rue. Et il y a un artiste carioca nommé Iza Ananse qui me fascine complètement en ce moment. En plus d'être un ami, j'admire énormément son travail.
- ...pour manger quelque chose qui te fait sentir chez toi :
Riz aux haricots, poulet grillé, frites et farofa. C'est mon plat préféré. Ici on l'appelle PF (Prato Feito) et on le trouve dans presque tous les menus du jour. - ...pour te promener quand tu as besoin de réfléchir : Aterro do Flamengo. Je prends un vélo en libre-service et je pédale, tout simplement. C'est un endroit incroyable.

Vue sur l'Aterro do Flamengo, Rio de Janeiro
- ...pour écouter de la musique : Pour les petits concerts, je vais généralement au bar Cardosão, où il y a des sessions de jazz le mardi. Quand j'ai envie de danser, je vais à la Destilaria Maravilha ou au Bafo da Prainha. Et pour sortir faire la fête, je cherche toujours du côté de la scène queer underground. L'un de mes préférés est V de Viadão, même s'ils organisent aussi d'autres fêtes plus petites.
- ...pour t'arrêter devant une fresque : Peut-être Santa Teresa.

Quartier de Santa Teresa, Rio de Janeiro
- ...ce coin de Rio qui parvient encore à te surprendre : Rio parvient toujours à me surprendre. Je crois que c'est pour ça que j'aime tant vivre ici. Mais il y a un endroit spécial : Circo Voador. L'énergie des concerts là-bas est unique, et en plus c'est en plein cœur du quartier de Lapa. Et bien sûr, le coucher de soleil à Ipanema. Il ne cesse jamais de m'impressionner.
Pour finir : décris Jimmy Lion en trois mots.
Audacieuse, authentique et amusante.
Thank you socks much for reading!

